• Etre jeune aujoud'hui.. by L.F

    Le drame des jeunes d'aujourd'hui est de vivre une adolescence prolongée, pour jouer ils ne sont plus des enfants, ils jouissent d'une réelle maturité dans le regard qu'ils portent sur la vie et le monde ; mais, et c'est cela tout le drame de leur situation, les adultes ne leur laissent aucun pouvoir réel, aucune possibilité d'action efficace. Et ce n'est pas en renforçant la mise à l'écart que l'on arrivera à quelque chose. Il semble qu'il y ait – et cela dans tous les pays et dans tous les régimes- qu'il y ait entre les jeunes d'aujourd'hui qui constituent une immense « classe » d'âge, et la « société établie » non point l'habituel conflit des générations, mais un divorce profond.
    Le jeune d'aujourd'hui, s'il est normal et intelligent, est naturellement universaliste, internationaliste : il inaugure, en direction des autres, un nouveau type de relation dont beaucoup d'adultes « installés » ne soupçonnent même pas l'existence. L'autorité lui parait –et il a raison- être une somme de contraintes, plus ou moins sacrées, qui tombent d'en haut. Ordonnée du haut vers le bas. Il est très mal à l'aise avec cette rigidité qui éclaire sur la désaffection des jeunes pour ces structures « bureaucratiques »que sont les partis traditionnels, où la vérité semble détenue par les hauts « mandarins » ou des « appareils » dogmatiques figés et périmés. Ils sont tapis dans l'ombre, dans les ministères, dans les administrations, dans les syndicats, dans tous les partis, dans les facultés mêmes ils ont la main mise sur le pouvoir.

    La grande maladie humaine, c'est le pouvoir. Le pouvoir de l'argent. Le pouvoir des « surhommes » ou qui se croient tels. Partout dans le monde, la majorité des pouvoirs sont soit entre les mains d'une oligarchie aristocratique, d'un « comité central » tout puissant, d'un gouvernement religieux, d'un gouvernement tyrannique, d'un gouvernement sans légitimité, d'un gouvernement incapable etc......... ou encore entre les mains d'un président « génial ». Les hommes « providentiels » quels qu'ils soient deviennent néfastes parce que rendus fous par le pouvoir. Pourtant ces hommes du pouvoir sont censés décrétés pour leur peuple le bonheur ; ils le font surement...mais sans leur peuple !

    Les adultes bien pensants disent aux jeunes de préparer leur avenir. Quel avenir ?
    Des rétributions mensuelles rivées à un travail monotone dans le meilleur des cas ?
    Trop souvent on invoque pour eux l'expérience contre le savoir, mais comment s'acquiert une expérience si le pied n'est jamais mis à l'étrier ? Hélas, la compétence est rigoureusement sanctionnée par ceux dont l'incompétence est payante. On légitime plus ceux-là dont le capital scolaire est limité, ceux dont la propension aux investissements s'oriente vers le profit qui promet à des catégories particulières de s'enrichir.
    Tenez par exemple, quand on parle aux jeunes de « collectivités », de l'intérêt des collectivités, c'est abstrait, le jeune préfère qu'on lui parle de communauté ou il y a le fait de l'individu humain. Et d'ailleurs que leur proposent les diverses sociétés qui ont le pouvoir? Un ensemble de machines ou tout est pensé et dirigé d'en haut vers le bas jusqu'aux entassements dans des grands ensembles ou dans des cités dortoirs, édifiés pour l'intérêt de quelques groupes privés mais rarement pour les communautés humaines qui y vivront.

    L'inertie, la sourde hostilité, la désillusion collective, le décalage entre les aspirations et les chances et l'écrasement des structures de dialogues sous les arguties administratives ont peu à peu écœurés les jeunes.
    Ils sont aujourd'hui à la recherche d'une réalité nouvelle. Le jeune d'aujourd'hui veut un nouvel espace social, un espace objectif, une structure de relations ou les interactions représentent ceux qui sont engagés pour le bénéfice de la nation et non pas ceux qui détiennent l'économie et les innombrables profits indirects et cachés qui en sont corrélatifs. Le jeune d'aujourd'hui se sent plus frère que fils et pour utiliser un mot courant, il se voit « camarade » de l'autre. L'utilisation de ce terme n'est pas qu'un emprunt à la littérature révolutionnaire. Il correspond à une réalité plus profonde. Le tutoiement, que connaissent bien les adultes qui rencontrent les jeunes, n'est pas irrespect, mais une reconnaissance plus directe de l'autre ou il n'y a plus de dominant et de dominé, mais des êtres différents, complémentaires parmi lesquels tel ou tel peut avoir une fonction d'autorité reconnue librement.

    Ces nouvelles relations que cherchent, même inconsciemment, les jeunes de tous pays tendent vers l'horizon du monde. Les « frontières » sont mortes pour eux, et les nationalismes bons à mettre au musée avec les monuments aux morts, morts en général pour rien.

    Aujourd'hui les jeunes reçoivent, sans le moindre étonnement, des informations convergeant vers eux de tout l'univers. C'est tout ce décalage « affectivité » avec sa cohorte de changements de la civilisation, dite industrielle, c'est tout ce que les enfants ont découvert à coups de publicité. Ils sont gavés aux multimédia, ils sont devenus les manipulateurs de machines savantes : internet, téléphone cellulaire, ordinateurs, télévision HD...que les parents connaissent à peine ou pas du tout. C'est ce décalage aussi qui rend de plus en plus profond le fossé entre les générations. Ce sont deux mondes séparés comme des poissons rouges qui se regardent dans deux aquariums juxtaposés.
    Quels que soient les régimes, quels que soient les noms dont on les baptise, les jeunes générations deviennent d'autres générations absolument différentes dans leurs comportements.

    Que reste-t-il à un jeune où une jeune sensible, désenchanté qui regarde le monde avec lucidité et qui se soucie de l'absence de la finalité humaine qui caractérise les systèmes qui s'imposent...oui, que leur reste-t-il ?
    Il ne leur reste à comprendre que le seul domaine concédé à leur liberté, celui de la consommation, du jeu, du sexe, voire de la religion!

    Quant à la dimension universaliste de la vie ?
    Même si le dualisme « dirigeant-dirigé » l'a réduite à des réalismes mercantiles dans un nationalisme cocardier, des microcosmes vieillots, restreints, mesquins.... la prise de conscience des jeunes est là, la mondialisation conduite à pas forcés aussi.......le vent du changement peu souffler fort pour peu que l'on donne aux jeunes la chance de se réaliser...... leurs luttes ont pour enjeu l'ordre, la croyance, le crédit (et le discrédit), la perception, l'appréciation, la connaissance et la reconnaissance, le nom, le renom, le prestige, l'honneur, l'autorité, tout ce qui fait le pouvoir symbolique reconnu comme pouvoir aux valeurs justes. Ce n'est pas facile, ce ne sera pas facile même dans une société technologiquement avancée mais ils sont animés d'un sentiment fabuleux...... le « struggle for life » !!!!!! La vie, c'est ça, la formule anglaise, dans sa concision, résume ce qui est.

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