• Hommage (Anonyme)

    <?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-com:office:office" /><o:p> </o:p>                                                              A  BOUBEKEUR
     Mon Ami,
    Depuis longtemps, je pensais à toi .Mais très souvent, mes pensées vont vers toi  avec des  appréhensions remplies d'interrogations.
     A l'occasion qui me serait donnée mais que je n'ai jamais sue saisir  pour te parler. Aux mots que j'utiliserais pour t'aborder conciliants et apaisants   certes  mais également compatissants.
    Au moment où l'on se reverrait après plus de quarante ans  de séparation qui nous a marqués  avec fracas.
    Le destin nous avait réunis un jour pour nous séparer à jamais.
     Séparation d'un jour et séquelles de toujours. Quelques secondes d'une destinée et la vie n'est plus de sang et de douleurs qu'une traînée.
    Nous étions des gamins remplissant nos poumons de rires et d'entrain ; toi avec tes copains gambadant dans les ruelles du village  et moi dans la maison comme toujours sage.
    Cheveux noirs de jais, nattes longues et robe magnifique offerte par mon oncle le généreux.
    Et puis, soudain, la vie prend une autre tournure, vite si vite que nos esprits de gamins n'ont pas saisi les nuances de ce drame qui prend forme et qui va dessiner à jamais un contour inimaginable sur nos frêles épaules de bambins.
    Nous avions sept, huit, voire neuf ans, l'âge des bêtises mais la tienne a basculé ton destin  à telle  enseigne que ta vie  sera bouleversée après ce court instant.
    Le déferlement d'événements nous a happés dans la spirale de douleurs et de révolte et l'on ne s'est pas remis des années durant.
    Nous étions loin l'un de l'autre mais à jamais liés ; l'une marquée à vie par un malheur qui lui a  apporté également la lumière et l'autre rongé par le remords et proscrit par son geste de  naguère.
    Un geste banal maintes fois répété par tous les enfants  du monde mais toi, il te  marquera d'une tâche indélébile.
    Jeter la pierre d'un élastique, ma foi quel garçon n'a pas utilisé ce moyen pour chasser  les oiseaux dans le village ?
    Mais toi en voulant te distinguer ou te surpasser, tu as visé mon visage près de la porte  entrebâillée de la maison et d'un geste malheureux car précis, tu as déchiqueté  mon œil.  
    Tu as bousculé ton enfance malgré toi et tu as dû mûrir précocement car tu te sentais un paria dans le village en jetant un triste  présage sur le sort inexorable d'une petite fille.
    Qui de toi ou de moi est le plus à plaindre ? Lequel a plus souffert que l'autre ? Celui accablé avant terme et  condamné par le monde à l'âge où il ne saisit  la portée de son acte ou celle qui portera à jamais les séquelles de cet acte ?
    Certainement que la douleur morale est aussi oppressante pour toi que celle de vivre par moi  avec cet handicap dont tu es à l'origine.
    Te dire que ma vie a été facile à gérer, diminuée dès le départ serait te mentir mais en aucun cas, et à  jamais je ne pensais te maudire ou te vouer à l'enfer.
    Dans les moments de ma détresse , je n'ai eu à penser que tu en es mon initiateur ou mon aiguiseur de sentiments de révolte.
    Plus jeune, je me consolais en disant qu'il faudrait bien un jour se marier avec toi  puisque aucun autre homme ne pourrait s'approcher de moi !
    Et ce serait par la même une consolation pour toi de réparer la faute !
    Mais la vie est plus complexe que cela : chacun sa voie et sa foi.
     je te rassure, tu ne m'a jamais quitté et c'est pour cela que j'ai rêvé qu'un jour je puisse avoir le courage de t'aborder et de te rassurer mais la déchirure a été telle que j'avais mis quarante ans avant de revenir sur mes pas.
    Il m'arrivait de demander de tes nouvelles qui au départ étaient assez  réjouissantes : bonne scolarité à l'image de la mienne donc la résilience a eu le même effet que sur moi.
    Puis un début de carrière dans l'armée pour devenir pilote !
    Quel rêve et quel destin !
    Ravie de l'apprendre et surtout fière qu'un fils de mon village arrive à accéder à une telle réussite, toi surtout.
    De loin, j'étais heureuse que tu réussisses ta vie, c'est la meilleure manière de surmonter un geste lourd à porter.
    Puis, je ne sais ce qui s'est passé, ta tête a commencé à te quitter : tu es parti dans le monde des incohérences et des incertitudes.
    Tu sombres  de plus en plus dans l'imaginaire, carrière ratée et vie brisée.
    Tu es devenu  l'ombre de toi-même et erre de village en village  comme un fantôme.
    Laminé, détruit, l'air hagard, le corps difforme par les médicaments, devenu un fardeau encombrant, l'esprit se baladant dans l'univers sans savoir où ou se poser.
    Je suis revenue au village pour te voir  mais on ne sait pas où tu es.
    Tu ne rentres pas tous les soirs à la maison, ta sœur veillant sur toi ne sait comment te  joindre dans ton monde.
    Je l'ai écoutée me racontant tes escapades qui l'effraient, tes réactions imprévisibles qui la terrifient, tes crises d'irascible qui l'empêchent de dormir mais surtout sa tristesse de te voir partir à petit feu.
    La déchéance a une prise telle sur toi que rien ne semble t'atteindre !
    Que s'est-il passé dans ta tête pour refuser de vivre  et s'abîmer comme une épave sur le bord de la vie ?
     Tu es mort avant terme et je n'ai pas été à tes côtés pour te soutenir et pourquoi pas raviver un peu la flamme salvatrice.
    Comme je regrette d'avoir tergiversé avant de me décider à venir vers toi !
    Que de temps perdu !
    Car j'ai beaucoup de choses à te dire : d'abord, te rassurer que ce malheur en m'arrachant à ma famille, m'a permis d'accéder à l'instruction puisque à l'hôpital même, j'ai entamé les bribes d'une scolarité assez brillante.
    Puis, d'accomplir une carrière fort unique et significative.
    Je voulais m'asseoir à tes côtés, me remémorer ce moment fatidique  dans la détente avec toi et rire du coup du sort  à pleine gorge car complice d'un malheur qui nous a transformés  et aguerris.
    Je voulais connaître tes secrets et tes rêves puisque l'intimité est établie sans notre consentement.
    Te prendre dans mes bras et poser ma tête sur ton épaule pour faire la paix définitivement.
    Mais par-dessus tout,  te rassurer de mon pardon profond, sincère et entier.
    Et te dire tous mes regrets d'avoir réagi tardivement.
    Je suis totalement désarmée face à  la folie.
    Mais tu resteras mon ami malgré tout et jusqu'à la mort, mon sort est lié au tien.
    Je prie Le Sauveur de t'épargner davantage de souffrances et qu'un jour tu puisse trouver une certaine tranquillité  méritée.
    Il y a sur terre quelqu'un qui pense à toi, aujourd'hui plus qu'hier.

  • Commentaires

    1
    yasmine
    Lundi 7 Juillet 2008 à 12:52
    touchant
    quelle histoire,ça doit etre une histoire veridique,cette personne ecrit merveilleusement bien,en touchant ses lecteurs par ses mots,cette personne a bcp de courage de raconter une histoire aussi personnelle:"on n'ecrit bien mieux qu'on ne dit,on ose tout ce que la voix banit",on ressent la maturité de la personne qui meme apres des années a pu pardonné alors que ça ne doit pas du tout etre facile à faire,on ne sent aucune rancune bien au contraire de la compassion d ailleurs ce sont deux victimes il n ya pas de coupable,bien au contraire c est une belle histoire entre deux personnes un lien unique,mektoub que dieu vous donne de la patience afin de surmonter cet accident et surtout ke dieu vous aide et vous guide inchallah.
    2
    Denise
    Lundi 7 Juillet 2008 à 13:37
    Emouvant!
    Emouvant,plein d'amour.Rien à ajouter...
    3
    minou
    Dimanche 3 Août 2008 à 01:20
    incroyable
    en lisant cette histoire tres bien ecrite je suis touché par cette petite qui a été éborgnée quel calvaire a du etre toute sa vie mais aussi elle dit que ça lui a servi de départ pour une carrière "unique et significative"on pourrait meme dire qu'a quelque chose malheur estbon, mais ça reste trop triste quand même, meme si elle s'en est bien sorti maintenant quant a son ami il a du lui aussi vivre avec ce geste terrible, je me demande meme s'il n'est pas à la source de sa degradation volontaire. Je crois que le pardon vient trop tard, il fallait le lui dire de son vivant,les choses aurait été differente dommage pour vous deux, je compatis beaucoup, je trouve que c'est trop bete que les gens ne se rapprochent pas les uns des autres; demain peut toujours etre trop tard
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