• La Guerre sous la mer ..

    Très tôt l'homme découvrit, sans doute en observant les animaux qu'il pourchassait, que l'eau non seulement pouvait le dissimuler, mais mieux encore le protéger. Le trait ou la flèche qu'on lui envoyait perdait de sa force en pénétrant dans l'eau. D'une large inspiration, il pouvait emmagasiner suffisamment  d'air pour parcourir plusieurs dizaines de mètres en nageant sous la surface. Nous avons tous vu, une fois au moins, ce stratagème utilisé au moment crucial d'un film d'action.

    Après avoir appris à se cacher sous l'eau, l'homme trouva après le moyen d'y rester un certain temps en employant un morceau de roseau taillé pour respirer sans trahir sa présence. Une extrémité serrée fermement par ses lèvres et l'autre émergeant à la surface, il pouvait tromper ses ennemis. Le combattant était devenu insaisissable !

    Les textes de l'antiquité contiennent de nombreuses références aux exploits de ces hommes qui osèrent les premiers se faire un allié de l'océan hostile. Hérodote, le père de l'histoire, nous raconte comment Scyllias, ce nageur grec émérite, provoqua la déroute de la flotte perse. Avec sa fille Cyana, qu'il avait formé à la plongée, ils coupèrent les amarres de la plupart des galères à l'ancre ; elles furent l'une après l'autre jetée au rivage, éventrées par les récifs, fracassées sur les rochers. En ces temps de luttes et de conflits entre Sparte et Athènes, chaque groupe de belligérants s'attacha le service de corps constitués de nageurs de combat chargés de diverses missions (simple reconnaissance, transmission de message, ravitaillement des assiégés etc....)

    De cette époque l'homme entreprend de perfectionner son camouflage en restant sous l'eau le plus longtemps possible. Il cherche obstinément à augmenter sa puissance sous l'eau. Et le premier problème à résoudre est, bien sur, celui de la respiration sous-marine.

    En attendant l'invention révolutionnaire du scaphandre autonome, on cherche à s'isoler de ce milieu naturellement hostile en s'enfermant dans un système clos avec l'air indispensable. La prescience de Leonard de Vinci nous vaut, à la Renaissance, une brassée de projets er croquis plus ou moins fantastiques. Pour De Vinci la plongée est d'abord une application militaire. Il est le premier à imaginer les palmes natatoires qu'il hérisse de longs piquants. Pointes acérées également sur le masque, cagoule de cuir rigide, percée d'un hublot et munie d'un tuyau (l'ancêtre du tuba) pour la respiration. Ces pointes étaient sensées protéger le nageur des poissons.

    Beaucoup après lui tenteront en imaginant pouvoir doter le plongeur d'un appareil respiratoire relié à l'air libre, mais ils feront tous la même erreur : il est pratiquement

    impossible à l'homme de gonfler ses poumons à plus d'un mètre de profondeur. Ce qu'il faut donc, c'est un engin sous-marin. Ces sera l'anglais William Bourne(1578) qui imagina les principes du « water-ballast » (réservoir dont le remplissage permet à un sous-marin de plonger). Le système est simple, primitif et sans doute peu réalisable, mais l'idée est née. Cinquante ans plus tard (1624) une étape décisive est franchie. S'inspirant de Bourne le hollandais Van Drebbel réalise un sous marin propulsé par rames. L'imperméabilité des joints étant assuré par du cuir graissé au point de passage des avirons à travers la coque. L'air a l'intérieur étant épuré grâce à l'emploi d'un liquide indéterminé....Deux éléments essentiels étaient d'ores et déjà acquis : Bourne avait inventé le water-ballast, Drebbel résolvait le problème de la régénération de l'air vicié.

    L'exemple de Drebbel fut à l'origine d'une autre surprenante invention prospective du curieux évêque Wilkins, prédécesseur de Jules Verne, qui fit preuve d'une imagination pour le moins hardie. Cet évêque avait imaginé voilà plus de quatre siècles  l'homo-aquaticus annoncé avec fracas par le commandant Cousteau.

    Inlassablement, les hommes poursuivent avec obstination leur vieux rêve de pénétration du monde marin. L'italien Borelli, imagine l'ancêtre du scaphandre autonome. Tout y est, tout au moins dans le principe : le plongeur est revêtu d'une combinaison en peau de chèvre, sa tête est enfermée dans une cuve métallique percée par un hublot, la respiration du nageur amène l'air vicié par une tubulure munie d'une poche qui se vide par simple condensation des « vapeurs nocives » au contact de l'eau. Tube et poche se trouvent dans le dos du nageur. Le plongeur contrôle son déplacement vertical à l'aide d'un lest de plomb.....

    Le progrès viendra par les Américains. Moins d'un siècle plus tard, la guerre d'indépendance marquait la naissance historique du sous-marin, machine de guerre. Alors que successivement plusieurs américains conçoivent et réalisent des modèles de plus en plus perfectionnés du scaphandre, c'est David Bushnel qui offre à sa patrie naissante une arme qu'il veut décisive face aux puissants navires britanniques : The Turtle (la Tortue).

    La première attaque sous-marine de l'histoire humaine se produisit donc en 1776. Cette année là l'armée américaine est acculée à la cote par les troupes britanniques. Une escadre anglaise interdit toute fuite par la mer. Les américains décident de forcer le blocus avec le sous-marin de Bushnel. Par une nuit sombre The Turtle tente la manœuvre, mais le vaisseau anglais dont la coque est entièrement doublée de cuivre refuse de se laisser « mordre », l'opération a échoué mais, pour la première fois, l'homme vécu plusieurs heures en plongée dans une action de guerre.

    Quelques années plus tard ce sera encore un américain, Fulton, qui fera franchir à la navigation sous-marine un nouveau pas. Peintre, passionné de mécanique, qui en reconnaissance de ce que la France à fait pour son pays, veut briser le blocus continental des anglais. Il propose à la France de briser cet étau en construisant le Nautilus. Les essais sur la seine ne sont pas concluants.....mais ceci aida grandement William Bauer (un tourneur en métaux) qui en 1850 construisit son « plongeur marin » en s'inspirant de la forme des poissons. Il est ainsi, en fait, le premier à donner au submersible ses formes classiques. Son plongeur marin est destiné à combattre les navires danois qui assiègent les ports allemands. La seule nouvelle que les essais de ce sous marin sont entrepris fera fuir les bâtiments ennemis bien que l'engin coule lors de sa sortie en mer.

    Partout des inventeurs plus ou moins géniaux jettent sur le papier des plans de navires sous-marins, dont certains sont réalisés. L'un d'eux, Philipps, invente la stabilisation automatique du sous-marin au moyen d'un pendule ouvrant les vannes dans les ballasts d'un coté, lorsque le bâtiment penche de l'autre.

    D'un autre coté les français  construisent un sous-marin géant propulsé par une hélice, mue par un moteur à air comprimé, comme plus tard le seront les torpilles utilisées pendant la guerre 1914-18.

    Les américains à nouveau se distinguent ; la guerre de sécession leur offre un champ d'expérimentation idéal. Les états confédérés du sud lancent contre la puissante flotte des nordistes toute une série de petits submersibles baptisés David.

    Avec JP Holland, en 1875, le sous-marin s'équipe d'un moteur à vapeur et de tubes lance-torpilles. Puis la Marine française dote ses sous-marins de moteurs électriques.

    Désormais, le sous-marin dispose de tous les éléments essentiels.

    Cette arme absolue est devenue décisive. Les deux grandes guerres du XXème siècle témoignent avec un triste éclat de l'atout qu'elle représente pour les belligérants.

    « L'arme des lâches » connue son apogée pendant la seconde guerre mondiale, la parade se fera sentir grâce au développement des techniques de détection sous marine. Pour quelques 2000 bâtiments de commerce envoyés par les fonds, l'Allemagne perdra près de 800 sous-marins.

    De nos jours, le moteur atomique et les armes nucléaires font, du sous-marin moderne, l'arme la plus dangereuse contre laquelle la parade est la plus difficile.

    La mer a été et demeure un milieu des plus propices aux actions militaires. Il est dit que l'US Navy est à l' origine de l'implantation, parfois à 600 mètres de profondeur, de fusées atomiques impossibles à détecter par avions ou satellites, commandées à partir de la terre, imprévisibles, invulnérables, disséminées ici où là, constituant ainsi l'arme absolue. On se doute que l'ex URSS, dont on connait le goût du secret, ait elle aussi un processus identique. Ceci fait des mers et océans une menace indistincte et générale pour les continents. Un crime contre l'humanité !

    Même si les conférences de Genève ont abouti à quelques sérieux progrès en matière de limitations des stocks atomiques, les menaces s'accumulent sous les eaux. Il est sans doute plus réconfortant de se consoler en constatant que cette longue escalade guerrière débouche, tout de même, sur autre chose que la mort et la destruction. Si pendant tant de siècles des hommes se sont acharnés à créer cette bête de combat, sournoise et terrifiante, les techniques inventées, les progrès accomplis permettent à présent de réaliser des engins sous-marins d'études et de recherches qui constituent déjà une flotte d'invasion pacifique de l'océan.

    La sagesse l'emportera-t-elle un jour ?

    Elle viendra sans doute du développement même des techniques ; le progrès de nos connaissances en matières océanologiques réduisant d'autant le risque d'extension de ces « no man's land » ou les passions guerrières des hommes trouveraient un terrain idéal pour prospérer et durer.


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